ACTIVITÉS RÉCENTES

LE TRAITEMENT DES DECHETS VU PAR L'ALIGEF (1)

Dans le cadre des activités de l'Aligef, une conférence avec débats, sur le traitement des déchets solides au Liban ménagers MSW (Municipal solid waste) sujet brulant qui a généré la juste cause de «vous puez», fut donnée le 28 aout à l'hôtel Gabriel par M. Antoine Meouchy membre de l'Aligef et PDG de Libanconsult AGM.

L'exposé démarra par la définition des déchets ménagers, suivi par leur composition moyenne dans la capitale à savoir : 50% environ de matières organiques ,20 % de papiers et cartons ,20% de matières plastique, verre et cannettes et 10 % de divers. En zone rurale le pourcentage d'organique est plus élevé. Le poids des déchets produits par habitant par jour varie d'environ 0,8 kg dans les zones rurales à 1kg dans les grandes villes. En France il est voisin 1.5 kg/j/habitant.

1- Méthodes de traitement

Toutes les méthodes de traitement utilisées dans les différents pays doivent répondre aux exigences environnementales en vigueur.

1.1 Les centres d'enfouissement technique : Ils nécessitent des surfaces importantes et exigent une protection de la nappe, le traitement des lixiviats et l'incinération du biogaz CO2 + CH4 (gaz à effet de serre) avec possibilité de récupération énergétique WTE (Waste to energy). Leur durée de vie varie de 10 à 20 ans
1.2 Le compostage : réside dans la fermentation aérobique de la matière organique et de la cellulose des déchets durant environ 6 jours. L'élévation de la température (60°) qui l'accompagne tue les microbes pathogènes. Le compost obtenu est comparable à la moitié du compost animal. Le compostage s'accomplit aussi par voie anaérobique. La matière organique perd 40% de son poids par compostage.
1.3 L'incinération a lieu dans différents types de fours. Les températures atteintes varient de 600 à 1000 degrés. Les déchets doivent, pour être incinérés, avoir un pouvoir calorifique élevé donc contenir du papier et plastiques. Les grandes unités sont accompagnées par un WTE. Les critiques qui attaquent ce procédé portent en premier sur la présence dans les fumées de la dioxine dite cancérigène. Les normes européennes imposent une teneur inférieur à 0.1 ng par mètre cube ce qui élimine tout risque pour la santé. Du reste les différents modes de traitement quand elles sont bien exploités ne présentent pas de risques sanitaires.
1.4 Refuse derived fuel : Constitué de l'ensemble des matières combustibles contenu dans les déchets avec parfois de l'organique desséché. IL sert en particulier comme partie du combustible dans les fours de cimenteries.
1.5 Le Tri en vue du recyclage : est un mode de traitement obligatoire qui accompagne à des pourcentages différents chacun des procédés ci-dessus. Le tri à domicile est le plus performant. Celui dans l'usine est efficace. Le pourcentage recyclable pourrait atteindre les 30%. A part sa réduction des volumes des déchets, le bénéfice à tirer du tri est important. Donc le marché de ces produits est à surveiller.
1.6 Choix de la méthode
Le choix de l'une ou de l'autre de ces méthodes seules ou groupées, accompagnée obligatoirement d'une zone de décharge pour les déchets ultimes, est dicté par des considérations économiques. Donc il relève des budgets municipaux et il est fonction de la quantité quotidienne des déchets, de leur composition, des marchés des produits du traitement et des surfaces des terrains disponibles.

Plusieurs facteurs interviennent dans le choix du mode de traitement: grandes villes ou zone rurale, disponibilité des terrains, budget disponible.


2- Qu'en est-il au Liban

2.1 Beyrouth

1975 Mise en service de l'usine de compostage de la quarantaine financée par la Municipalité de Beyrouth. Capacité : Compostage de qualité de 600 T/J avec deux fours d'incinération des refus de capacité 200 T/J. Durant la guerre des dégâts ont amené à sa fermeture. Des décharges sauvages en particulier maritimes ont proliférées : Bordures aéroport, Normandie, Bourj Hammoud.
1992 Une usine d'incinération à Amroussieh WTE (environ 300 Tonnes) dans la banlieue Sud fut construite.
1995 Reprise du fonctionnement de la quarantaine après sa réhabilitation.
1997 Arrêt incinération Amroussiyeh et quarantaine y compris compostage
1998 Quarantaine transformée en usine de tri et mise de balle des déchets pour leur transport à Naamé
Une usine de compostage de 300 Tonnes fut construite à côté de la quarantaine
Problèmes: Toute la collecte de déchets de Beyrouth et du Mont Liban excepte Jbeil étaient destinés au centre de Naamé.

2.2 Grandes Villes

1- Etude(2) et Construction par le CDR d'un centre d'enfouissement technique à Zahlé en 1998. Il fonctionne d'une façon admissible depuis 2000. C'est le seul CET conçu comme tel au Liban.
2- Etude(2) et Construction par le CDR d'une décharge en mer à Tripoli délimitée par une digue avec incinération du biogaz et ce en attendant de la construction d'un nouveau centre. Cette décharge prévue pour fonctionner jusqu'à 2008. Elle fonctionne à ce jour. Dans l'attente d'un traitement approprié (incinération)
3- Saida: Décharge sauvage en mer. Récemment une usine de compostage anaérobique fut construite et fonctionne normalement.


3- Petites villes et zones rurales

Un plan directeur pour le traitement des déchets (1992 – 2002) au Liban initiés par le CDR en 1992 avec la collaboration de la banque mondiale a été lancé. L'objectif était de laisser à chaque Caza le soin de balayer et de collecter ces déchets et de trouver un ou deux centres de traitement en particulier des centres d'enfouissement technique ou compostage pour chaque Caza. La charge de l'ingénieur conseil comprenant le choix du site, l'étude la surveillance, de l'exécution et de l'exploitation. Les difficultés sont apparues après des refus de certains groupes. Les réalisations n'ont pas eu lieu faute de décision politique. A l'intérieur du pays plusieurs centres d'enfouissement technique furent étudiés. Malheureusement ils n'ont pas été réalisé selon les normes : (Srar, Baalbeck, Hbaline) (2) (Tyr et Nabatiye…) Elles sont toutes aujourd'hui classées décharges sauvages.


4- Feuille de route proposée

4.1. Pour Beyrouth et une partie de Mont Liban : Incinération par des fours de grande capacité avec WTE.
Nombre souhaitable de site sélectionnés: 1 au Nord 1 au Sud. Capacité totale à définir en fonction des collectivités concernées: Deux fours d'au moins 1000 T/J chaque et capables d'incinérer des déchets humides.
L'étude, la réalisation, la mise en exploitation et le contrôle des fumées et mâchefers seront conformes aux règlementations européennes en vigueur. Une décision politique doit entériner et appliquer ce choix.

4.2 Temps de réalisation : Le choix du terrain, l'étude, la réalisation et la mise en service industriel nécessitent 4 ans. Le cahier des charges pour les entreprises devra préciser la durée d'exploitation. Plus elle est longue 15 ans ou plus, plus le cout diminuera. (Amortissements). La collecte fera partie intégrante de l'adjudication. Le balayage est sélectif. (Voir responsabilité des Municipalités).

La solution proposée pour Beyrouth exige une période transitoire pour couvrir les quatre années requises ci-dessus.
Le seul mode de traitement capable de remplir cette fonction dans un délai très court devrait être accompagné d'un tri poussé à domicile et au centre d'enfouissement. Un ou trois centres d'enfouissement technique dans des zones même éloignées ou le terrain est disponible sont à sélectionner. Ces zones peuvent être au Nord au Sud ou éventuellement en montagne. Ces zones devront être conformes aux normes en vigueur. Les capacités minimum de ses centres d'enfouissement devraient dépasser 4 millions de tonnes de déchets. A titre d'information le site de Srar(2) aménagé conformément aux normes pourrait admettre jusqu'à trois millions de tonnes. La surface requise pour l'enfouissement et les services annexes (locaux, tri, traitement….) est de l'ordre de 15 hectares.
Certes des voix de tout bord s'élèveront très haut pour attaquer les modes de traitement proposé avec des arguments qui vont à l'encontre des progrès techniques en vigueur dans les pays les plus évolués dans le domaine des environnements et qui tiennent plus que les autres :
De la qualité de l'environnent, de la santé et de la qualité de vie de leur compatriote, d'une économie SAINE des réalisations
Ces voix ont trouvé des échos auprès de certains présentateurs de media qui tiennent à se maintenir en première ligne de l'information ainsi que parmi des hommes politiques qui avaient déjà occupé des postes en relation avec le dossier des déchets.

4.3. Choix de l'incinération

Les statistiques publiés en 2015 par l'ADEME : Agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie, organisme officiel rattaché au ministère de l'environnement en France, référence officielle en la matière, indiquent à l'article 7.3: les comparaisons européennes valorisation énergétique des déchets municipaux des pays européens. Il est précis qu'un bon nombre de pays traitent 50% environ du poids de leur MSW en WTE sans compter les incinérations sans récupération. L'ADEME indique par ailleurs que le Japon traite 74% de ces déchets par incinération.

Nous rappelons que nous sommes conscients de l'investissement à encourir (3% du soutien payé à ce jour pour le fuel d'EDL) et du cout relativement élevé du traitement de la tonne. Mais si les pays européens dont le quotient superficie du pays/nombre d'habitants leur est plus favorable que le Liban avaient des procèdes plus économiques, voir sans frais comme le prétendent haut certains de chez nous, ils les auraient adopté. Nous rappelons qu'en France 30% du budget réservé à l'environnement passe par les déchets (ADEME)

4.4. Choix des CET

Les libanais ont une très mauvaise image des décharges sauvages. La décharge de Bourj Hammoud a l'entrée de la capitale en est l'exemple. Celle de Naamé qui a couté des centaines de millions de dollars en est un autre. Si les autorités concernées avaient suivi l'exemple du ministère Algérien de l'environnement qui a confié à une société d'ingénierie (2). L'étude et la surveillance de la transformation en espace vert de la grande décharge de Oued Smar de 45 hectares et 50 mètres de haut situé à l'entrée d'Alger ainsi que l'étude d'aménagement du parc vert des décharges des grandes villes d'Alger, les libanais ne se seront pas opposé à tout projet du genre. Srar ou autre, et avec un soutien de l'état auraient accepté de recevoir les déchets. Alger a du reste étudié(2) et exécuté des CET avec Tri, de 17 millions de tonnes qui desservent actuellement Alger et sa proche banlieue pour 20 ans.


5- Tripoli

Le mode de traitement proposé pour Beyrouth est certes applicable à long terme pour Tripoli qui verra sa décharge en mer saturée à court terme. Toutefois une variante de traitement par compostage toujours associé au tri pourra être envisagée.


6- Grandes villes Hors Beyrouth et Tripoli

Les grandes villes hors Beyrouth et Tripoli choisiront toujours avec un tri poussé, entre le compostage associé avec un CET ou un CET seul. La disponibilité des terrains dans leurs secteurs et l'écoulement du compost dans des zones agricoles sont les éléments déterminants du choix. La gestion de ces modes traitement y compris la collecte seront soit confiés, suite à des adjudications, à des entreprises spécialisées soit gérés directement par les municipalités (fonction de leur capacité). Il est souhaitable que ces deniers prennent à leur charge le balayage qui a côté de la création d'emplois et donne au Municipalité une liberté d'intervention


7- Hors grandes villes

Un groupement des Municipalités est indispensable pour atteindre un tonnage qui varie entre 30 et 100 tonnes/ jour. Le traitement à prévoir est le tri poussé avec un compostage associé à un CET. Pour ces agglomérations les municipalités seront chargées de la gestion de ces centres, de la collecte et du balayage .Un soutien technique devrait leur être assuré par un service crée au ministère ou au CDR.

Sources de Financement

Nous nous sommes abstenus d'aborder ce SUJET dans notre présentation.

Redevance

La redevance à payer par appartement ou résidence pour le traitement des déchets serait calculé sur la base du cout réel et par conséquent il serait diffèrent pour chaque lieu de résidence.

Pour tous les modes de traitement une attention particulière est à considérer à savoir la garantie aux municipalités d'un prix de vente fixe pour les produits du tri et du compost et ce à travers une société à but non lucratif qui disposerait éventuellement de centres de stockage et qui proposera à la vente sur les marches les produits tries au moment opportun. Ce qui éviterait aux municipalités de se débarrasser à tout prix, donc à perte des produits triés.


(1) Association au Liban des Ingénieurs de Grandes Ecole de France
(2) Libanconsult AGM